Le succès a grisé Bône qui disputa longtemps à Constantine la prééminence dans le
département. Il a exalté aussi l'orgueil de sa population. On a parfois qualifié le bônois de vantard.
Vantard? non pas: optimiste, gouailleur seulement. On l'a souvent comparé au marseillais.
Certes, les points communs ne manquent pas et notamment le parler. Ce qui fait la particularité
de celui de Bône, c'est sa truculence, son accentuation des voyelles, son inversion syntaxique(
l'envie de mourir, il te donne) et surtout ses expressions métaphoriques et emphatiques. Dans
tout propos, l'injure fréquente n'était que la marque d'une chaleureuse démonstration d'amitié.
On ne peut pas parler de Bône, sans évoquer son incontournable cours Jérôme Bertagna.
Véritable agora où les jeunes et moins jeunes se donnaient rendez-vous, le cours Bertagna
alignait jusqu'à la darse la perspective de ses immeubles cossus et de ses rangées de ficus et
de palmiers. C'était le coeur de la ville où l'on venait se promener, faire quelques emplettes,
commenter les évènements de la cité et...flirter. De nombreuses brasseries: le café de Paris,
l'Hôtel d'Orient, le Maxéville, offraient aux badauds l'ombrage de leurs terrasses. On venait y
prendre l'apéritif qu'accompagnait la traditionnelle"kémia" ou savourer les renommés créponnets
de chez Fanfan.